Marrakech, son histoire
Capitale du Sud, et quatrième ville du pays (903 589 d’habitants, recensement de 2009), Marrakech
fut fondée en 1062 par les berbères sahariens venus du désert de
l’autre côté de l’Atlas (l’actuelle Mauritanie). Leur chef Abou Bekr,
avait établi son camp dans la plaine du Haouz, à proximité de la butte
rocheuse du Guéliz, endroit si dangereux que les Berbères l’avaient
appelé « Morr koch » (« Passer vite »).
Rappelé dans le Sud pour mater une
révolte, il confie le pouvoir à son cousin Youssef Ibn Tachfin qui
entreprit la construction d’une ville fortifiée (avec ses remparts) et
fit creuser des puits ainsi qu’un vaste réseau souterrain de canaux
d’irrigation (« khettaras »), toujours utilisé pour acheminer l’eau dans
les jardins de la ville. En vrai saharien, il fit aussi planter des
palmiers, d’où la présence encore aujourd’hui d’une grande palmeraie.
De cette ville, Youssef partit à la conquête du Nord du Maroc, puis du sud de l’Espagne et, quarante ans après sa fondation, Marrakech était devenue la capitale d’un royaume s’étendant de la Castille au Tafilalet.
Youssef consacra une grande partie du
butin provenant de la conquête de l’Espagne à l’agrandissement et à
l’embellissement de la ville. A sa mort en 1106, il légua à ses
successeurs un véritable joyau d’architecture.
En 1147, des berbères de l’Anti-Atlas, prêchant une réforme religieuse radicale, les Almohades, s’emparent de Marrakech
et fondent une nouvelle dynastie. Sur les ruines du palais des
Almoravides, Abd el-Moumen élève une mosquée, la Koutoubia, terminée par
Yacoub El Mansour (« le Victorieux »), dont l’admirable minaret domine
encore la ville.
D’après une légende berbère, le rouge,
couleur de Marrakech, provient de la couleur du sang abondamment répandu
pour l’implantation de la Koutoubia. Et la cité, en bonne partie rasée
(à l’exception des murs), fut reconstruite par des artisans en majorité
andalous.
Puis, en 1269, vint la chute des
Almohades dont l’influence religieuse était rejetée, au profit d’une
autre dynastie berbère, les Mérinides, qui établirent leur capitale au
nord du pays, à Fès, ce qui provoqua le déclin de la Ville Rouge.
En 1529, ce fut l’avènement des
Saâdiens, originaires d’Arabie Saoudite et descendants du Prophète.Venus
de la vallée du Drâ, ils en refirent la capitale du royaume, qui
atteignit son apogée avec Ahmed el-Mansour, surnommé « le Doré »
en raison de ses richesses : il consacra une partie de sa fortune à
embellir Marrakech (palais El Badia, tombeaux saâdiens, mosquées,
fontaines, médersas). A sa mort, la ville retombe dans le désordre et
l’anarchie.
En 1668, Moulay Rachid, de la tribu des
Alaouites (autres descendants du Prophète, installés dans le Tafilalet),
s’emparent du pouvoir et, en 1873, le grand sultan Moulay Hassan vient
s’y faire couronner en redonnant à la ville un brillant éclat. Sous son
règne et celui de son fils, de beaux palais sont édifiés (en particulier
le magnifique palais de la Bahia).
En 1912, El Hiba, chef de la résistance
du Sud à la pénétration française, se rend maître de la ville avant
d’entreprendre sa marche vers le Nord ; mais à 35 km au Nord de
Marrakech, il est défait par les troupes du colonel Mangin : les
français ont bénéficié de la complicité du pacha de Marrakech (El
Glaoui), qui commence à rassembler pouvoir et fortune à l’ombre du
Protectorat. En 1953, ce dernier fomentera même un complot contre le
futur Mohamed V (premier roi à l’indépendance du Maroc), qui échouera.
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